Du devoir de bénir ses ennemis !

Introduction

Notre Seigneur

Notre Seigneur lui-même nous commanda cette loi surnaturelle qui nous distingue de toutes les religions et de toutes les philosophies :

Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. (Mt 5:44)

Cette loi a toujours et frappera toujours les esprits : elle est surnaturelle. Ce point essentiel, à savoir le caractère surnaturel de la Loi du  Christ, ne sera pas traité dans cet article, mais devrait être l’objet d’au moins un article dédié. Cependant, vous pouvez remarquer que la hauteur de la bonté commandée, qui semble comme « inaccessible », est un signe de son origine divine.

Saint Paul

Saint Paul, en serviteur fidèle, comme notre mère l’Église, ne nous apprennent pas à faire autre chose que ce que nous commande Jésus-Christ :

Bénissez ceux qui vous persécutent. (Rm 12:14)

Difficulté abordée dans cet article

Si nous connaissons ce commandement, il nous est parfois difficile de comprendre ce qu’il signifie. Car certains pourraient se demander comment cela est-il possible ?

D’autres sentent la grande hauteur d’âme de ce commandement, mais cependant, se demandent en eux même si cela n’est pas contraire à la raison, puisqu’il semble nous faire pourtant aimer le mal…

Pour donner un point de vue particulier, nous étudierons la question au travers des actes de la parole.

La bienveillance en parole, qu’est-ce que c’est ?

Bénissez ceux qui vous persécutent. (Rm 12:14)

Méditons quelque peu ce commandement qui, parce qu’il est un ordre, conditionnera notre rencontre avec Dieu ou notre rejet dans le feu de l’enfer éternel…

Qu’est-ce que la bénédiction ? La bénédiction, c’est littéralement dire du bien, c’est-à-dire la bienveillance manifestée par la parole. La bienveillance quant à elle consiste en le fait de vouloir le bien d’une personne. Et d’agir en conséquence, cela va s’en dire. C’est une question de bon sens, car qui veut la fin veut les moyens.

Cette bienveillance par la parole peut se faire de trois manières différentes nous dit saint Thomas d’Aquin :

  1. En l’exprimant
  2. En le commandant
  3. En le souhaitant

Bénir en l’exprimant

Explications

C’est ce que nous faisons lorsque nous louons une personne, en lui disant les qualités que nous voyons en elle ou lorsque nous la félicitons des bonnes actions qu’elle a faite.

Considérez les mots par lesquels Judith fut accueillie, lorsqu’elle revint avec la tête de celui qui attaquait le royaume d’Israël avec toute son armée :

Tous la bénirent d’une seule voix et lui dirent: « Tu es la gloire de Jérusalem, tu es la joie d’Israël, tu es l’honneur de notre race. Tout cela, tu l’as fait de ta main ! En Israël, tu as fait ce qui est bien, et Dieu y a trouvé sa joie. Soie bénie par le Seigneur, souverain de l’univers, pour la durée des siècles. » (Judith 15:9)

Nous voyons à son fruit que cela est une bonne chose : nous sommes naturellement attendris lorsque quelqu’un nous fait un compliment sincère. Et nous sommes portés souvent à rendre la pareille. Le bien est communicatif : il cherche à se répandre et à se reproduire.

Application à nos ennemis

Le commandement de Dieu ne s’applique pas ici. En effet, si nous devions louer nos ennemis en ce qu’ils sont nos ennemis alors nous devrions louer, c’est à dire manifester, notre amour du mal. Ce que résume saint Thomas :

Aimer ses ennemis en tant qu’ils sont ennemis : cela est pervers et contraire à la charité, car c’est aimer le mal d’autrui. (IIa IIae q25 a8)

Bénir en le commandant

Explications

Le commandement du bien consiste à ordonner l’exécution d’un bien. C’est le cas par exemple, lorsqu’une autorité ordonne de donner une récompense pour le bien qu’une personne a fait.

C’est le propre de Dieu que de bénir par autorité. Son commandement ne se contente pas seulement de donner des biens extérieurs, mais produit le Bien dans ses créatures.

Cette bénédiction de Dieu qui produit le Bien à l’intérieur même de ses créatures est très nette dans ce qu’Il fit pour le roi Salomon. En effet, lorsque tout jeune encore il accéda au trône, ce dernier pria Dieu de l’aider à être juste. Dieu se manifesta alors en lui disant :

Parce que tu ne demandes pour toi ni une longue vie, ni les  richesses, ni la mort de tes ennemis, mais que tu demandes de l’intelligence pour exercer la justice, Je te donnerai la sagesse et  l’intelligence. (I Roi 3:11)

Commander le bien sur les fidèles fait partie des devoirs des prêtres, comme l’a dit Dieu lui même :

Ils invoqueront mon nom sur les enfants d’Israël, et je les bénirai. (Nb 6:24)

Application à nos ennemis

Le commandement de Dieu ne s’applique pas ici. En effet, si nous devions récompenser nos ennemis alors non seulement nous encouragerions notre ennemi à persévérer dans ses actes, mais encore encouragerions les moins déterminés dans l’amour du bien à faire de même. C’est ce qu’on appelle le scandale des faibles.

Bien au contraire, tout le monde comprend que le salaire du mal, c’est le châtiment !

C’est tout le drame de notre société : elle ne punit jamais le mal, et souvent le récompense. Ce qui nous fait conclure que notre société est perverse et contraire à la Charité.

Bénir en le souhaitant

Explications

Enfin on bénit en souhaitant du bien à quelqu’un, c’est-à-dire en demandant du bien pour lui.

En effet, nous demandons spontanément pour ceux que nous aimons des biens, indépendamment même du cas de la récompense. Comme un enfant demande spontanément à son père à ce qu’on fasse un cadeau pour sa mère, ou qu’un ami intercède auprès d’une connaissance pour lui obtenir quelque avantage.

Application à nos ennemis

Ne pas les exclure

Et saint Thomas de nous dire :

C’est dans ce sens qu’on l’entend, lorsqu’on dit qu’il faut bénir ses ennemis. (St Thomas, Rm 12:14)

Parce qu’eux aussi sont des êtres humains, eux aussi créés par Dieu et appelés eux aussi à la Rédemption. Celui qui aime Dieu ne doit donc pas exclure ses ennemis de son amour.

Concrètement, lorsque nous demandons à Dieu de sauver les hommes, nous ne devons pas les exclure de cette prière. Aussi chaque fois que nous prions pour les hommes en général, nous prions pour notre ennemi également. Ce que nous faisons spécialement dans la prière que Jésus-Christ lui-même nous enseigna, le Notre Père :

Notre Père, qui êtes aux cieux…
…pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé…

Notez. Nous disons bien : Seigneur, ne me pardonnez pas si je n’ai pas pardonné. Et encore : Pardonnez moi, mais seulement autant que j’ai moi-même pardonné !

Pour eux-même

Mais notre ennemi est une personne particulière. Le commandement exige que parfois nous agissions particulièrement pour cette personne.

C’est le cas où notre ennemi se trouve en cas de nécessité extrême. C’est alors un commandement de Dieu que de lui venir en aide. Ne pas le faire serait un péché grave, c’est à dire qui nous conduirait en enfer. Il ne s’agit donc pas d’actes habituels, mais d’une disposition de notre part à agir si ce cas se présentait.

Bien sûr, de même que nous avons des amitiés plus profondes que d’autres, des ennemis peuvent être plus importants que d’autres. Qu’on se moque de moi, qu’on me diffame, qu’on me calomnie, qu’on me ruine ou qu’on me tue ; tout cela est très différent. Prenons pour exemple un cas très extrême. Si l’homme qui a tué mon frère, gît sur le bas côté suite à un accident de la route, alors je dois appeler les secours.

Ce qui est vrai de la vie du corps, l’est encore plus de la vie de l’âme. Nous devons donc demander à Dieu la grâce du repentir et de la conversion pour nos ennemis.

Ce qu’il faut retenir

Bienveillance : Disposition qui nous fait vouloir le bien réel d’une personne.

Aimer ses ennemis en tant qu’ils sont ennemis : Cela est pervers et contraire à la charité, car c’est aimer le mal d’autrui.

Conclusion

Perfection

Aux obligations, Notre Seigneur joint toujours le conseil de perfection évangélique. Dans le cas qui nous intéresse, saint Thomas nous dit :

Accorder à son ennemi l’affection de la charité, le suffrage de  la prière ou le bienfait d’un secours, hors le cas d’extrême nécessité,  cela est de la perfection des conseils. En effet, agir ainsi montre que la charité de l’homme envers Dieu  est poussée à un tel degré qu’elle triomphe de toute haine humaine. (St Thomas, Rm 12:14)

Cas de celui qui se repent

Quant à celui qui se repent et demande miséricorde, il ne doit plus être compté parmi les ennemis et les persécuteurs ; il faut donc lui accorder sans hésitation les marques de la charité :

Pardonnez à votre prochain qui vous nuit, et, lorsque vous prierez, vos péchés vous seront remis. (Ecc 28:2)

Conclusion personnelle

Lorsqu’une autorité ne rend pas la justice, elle provoque l’autorité qui lui est supérieure à intervenir. Cette intervention, toujours plus lente, est d’autant plus violente que l’autorité qui s’engage est éloignée. Or toute notre société étant corrompue, que nous arrivera-t-il lorsque l’ultime autorité juste, à savoir Dieu lui-même, interviendra pour punir ?

Raisons d’être de la Loi

Nous avons vu dans cet article ce qui relève de l’obligation morale et évoqué ce qui relève du conseil de perfection. Nous n’avons cependant pas évoqué les raisons profondes qui font que Dieu nous commande une telle chose.

En effet, autre chose est de connaitre la Loi, autre chose est d’en connaitre les raisons. Pour vivre en société, nul besoin de savoir pourquoi les choses sont interdites. Ne les faites pas, et vous n’irez pas en prison. Ne péchez pas contre la Loi de Dieu, et vous ne serez pas retiré de la société du Ciel à votre mort.

Cependant, pour l’homme raisonnable et qui cherche la perfection, il est préférable de connaitre les raisons de la Loi. Ce n’est pas l’objet de cet article, mais sachez que cela est tout à fait accessible : c’est même l’un des fondements de la vie spirituelle. Comme le dit en son temps le grand roi et prophète David que Dieu appela un homme selon son cœur (I Sam 13:14) :

Je vois des bornes à tout ce qui est parfait : Vos commandements n’ont point de limite.

Combien j’aime Votre loi ! Elle est tout le jour l’objet de ma méditation. Vos commandements me rendent plus sage que mes ennemis, car je les ai toujours avec moi. Je suis plus instruit que tous mes maîtres, car Vos préceptes sont l’objet de ma méditation. J’ai plus d’intelligence que les vieillards, car j’observe Vos ordonnances.

Je retiens mon pied loin de tout mauvais chemin, afin de garder Votre parole. Je ne m’écarte pas de Vos lois, car c’est Vous qui m’enseignez.

Que Vos paroles sont douces à mon palais, plus que le miel à ma bouche! Par Vos ordonnances je deviens intelligent, aussi je hais toute voie de mensonge. Votre parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier.

Je jure, et je le tiendrai, d’observer Vos lois et Votre justice. (Psaume 119)

Source : Il nous est impossible de nous taire

Note de la rédaction : Soyons fort dans les combats contre le prince de ce monde et ses suppôts tout en gardant au cœur la Loi de Charité de Notre Seigneur. Prions pour nos ennemis, pour la plus grande Gloire de Dieu et, dans le but de leur conversion et de notre sanctification.