Le tyrannicide par saint Thomas D’Aquin

«Si la tyrannie dans son excès, devenait intolérable, suivant l’opinion de quelques uns, il appartiendrait aux hommes courageux de tuer le tyran et de s’exposer à des périls mortels pour la libération du peuple: nous trouvons un exemple du fait dans l’Ancien Testament (Juges, IV, 15 ss).»

«Il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu»

saint Pierre, mis en accusation par le Sanhédrin: «il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes», et ce jusqu’au sacrifice suprême. C’est le sens du martyre chrétien : le refus de poser un acte contraire à la loi de Dieu, pour satisfaire à celle des hommes.
«Obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes», c’est désobéir à la loi civile au nom d’une loi supérieure, divine, au nom d’une loi meilleure, qui correspond en réalité à ce qu’est l’homme, c’est refuser d’obéir à une loi faite par les hommes pour satisfaire leur orgueil, et leurs rêves démiurgiques.
Cette phrase de saint Pierre peut-elle justifier un acte positif contre ces lois humaines, au-delà de la simple désobéissance civile ?

Il est du devoir de tous chrétiens de lutter contre toutes les formes d’agression contre la vie, la famille et le mariage. Un chrétien ne peut pas soutenir des lois civiles qui entrent en contradiction évidente avec les plans de Dieu.

Comme nous l’avons annoncé, la ligne de crête sur laquelle se place le chrétien quant à l’action politique est celle qui se trouve entre obéir à «toute autorité [qui] vient de Dieu», et «obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.»

L’établissement d’une théocratie est bien sûr exclu par la première maxime, tout comme la soumission aveugle à un pouvoir temporel par la deuxième.

Il est précieux de se référer à Saint Thomas d’Aquin, qui dans sa typologie des régimes politiques définit le tyran et la tyrannie comme régime injuste et illégitime.

«Si un régime injuste est le fait d’un seul homme qui recherche dans le gouvernement ses propres avantages et non le bien de la multitude qui lui est soumise, on appelle un tel chef tyran ; ce mot exprime l’idée de force parce que le tyran opprime par la puissance, au lieu de gouverner par la justice.»

Si aujourd’hui tyrannie il y a, le tyran est protéiforme, multicéphal. On ne peut que constater que le pouvoir est aujourd’hui bien plus dans les mains de groupes de pression plus ou moins étrangers que dans celles d’un chef d’Etat, quel qu’il soit.

Ceux-ci recherchent pourtant bien «[leurs] propres avantages», plus que «le bien commun de la multitude».

Un autre trait de la tyrannie que l’on peut encore constater aujourd’hui, est celui de la force, utilisée pour faire passer les lois iniques.

Si le mensonge est traditionnellement largement utilisé pour convaincre les masses, la dissimulation tout autant pour les endormir, on a vu ces dernières semaines toute la panoplie de la puissance légale mise en œuvre pour une ultime loi inique.

La puissance légale a pour elle le paravent des institutions, qui sont certes respectées.

C’est en fait la puissance que les institutions donnent à la majorité parlementaire qui a été mise au service d’une loi injuste : procédures accélérées, mépris envers le peuple…

Encore et toujours ce qui devrait rester l’exception devient la règle. La forme qu’a revêtue l’adoption de cette loi, entre mépris et passage en force injuste et arbitraire n’est que la confirmation de la violence et de l’injustice de cet énième coup de boutoir contre le mariage et la famille.

«Le gouvernement devient injuste du fait que son chef dédaigne le bien commun de la multitude pour ne plus chercher que son bien particulier. Dès lors, plus il s’éloigne du bien commun et plus il est injuste.»

On ne peut que constater l’évidente injustice de lois autorisant l’assassinat des plus fragiles au début de la vie, bientôt à la fin de la vie, de lois détruisant le mariage et famille, de la promotion institutionnelle du vice.

Oui nos lois sont injustes, sacrifient le bien commun sur l’autel des passions et des instincts.

En ce sens, nous sommes soumis à une tyrannie, la tyrannie de la perversité et de l’immoralité.

«Et le tyran ne se borne pas à accabler ses sujets dans les choses corporelles: il empêche jusqu’à leurs biens spirituels.»

Voilà bien le ressort de la tyrannie ! Viser l’âme, et non plus le corps, pour asservir encore plus sûrement.

Mais que faire face à une telle tyrannie ? Comment lutter pour ne pas seulement désobéir aux lois des hommes, mais plus encore contribuer à établir le règne du Christ ici-bas ?

Où alors placer la barre de l’intolérable?

Nous pouvons nous déplacer librement, nous réunir, manifester, nous exprimer.

Pourtant il est intolérable que l’on assassine des enfants à naître ; il est intolérable que l’État fasse la promotion de l’immoralité ; il est intolérable de mettre sur le même plan l’acte fondateur d’une famille et des comportements moralement désordonnés.

Si le tyrannicide pouvait sembler, à une époque où le pouvoir était réellement réuni dans les mains d’un seul, la solution adéquate à une grave situation d’injustice, une telle solution ne l’est pas à notre temps.

Il s’agit certes d’une idée séduisante, pour qui veut renverser ce pouvoir pour instituer un ordre conforme à la loi naturelle, mais qui ne résiste pas à l’examen de notre situation.

D’une part, le pouvoir étant protéiforme, seule une lutte protéiforme peut en venir à bout.

L’adversaire n’est ni un homme, ni même à proprement parlé un groupe d’hommes, mais un système, des «structures de péché».

D’autre part, les incertitudes sur les suites d’un tel évènement nous empêchent d’y songer raisonnablement :

«Et d’abord, s’il n’y a pas d’excès insupportable il vaut mieux tolérer pour un temps une tyrannie modérée que faire opposition au tyran et s’engager dans des dangers multiples, plus graves que la tyrannie elle-même.»

Dans la situation actuelle, notre lutte doit prendre plusieurs formes.

La première est celle de la désobéissance civile : refuser de cautionner de telles lois, rendre visible l’injustice par notre inertie, en gardant à l’esprit le sens de chacune de nos actions. Ces dernières semaines, ces derniers mois, ont vu de telles initiatives se multiplier. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

De telles formes de lutte pourraient s’apparenter à une sécession, que celle-ci soit à l’intérieur de la Nation, ou à l’extérieur. Faire sécession est séduisant face à une situation qui paraît désespérée. Mais plutôt que bâtir à neuf, nous avons à rebâtir.

C’est pourquoi ce premier aspect de la lutte, que l’on peut déjà mettre en œuvre ne doit pas se séparer de son deuxième aspect.

Ce deuxième aspect est de plus longue haleine. Nous avons un pays à reconstruire. Il faut pour cela tout d’abord remplir de notre mieux notre devoir d’état, afin de prendre dans la société la place qui nous revient.

Afin d’occuper cette place, et de pouvoir y porter le plus de fruits, il est par ailleurs indispensable de se former et de s’organiser, afin d’user à bon escient de pouvoir qui nous échoira, et afin d’être apte à s’engager en politique.

Ne croyons pas que cette voie demande moins de courage qu’une action radicale !

Le mal se répand à la mesure de la démission et de la lâcheté des bons. Il est grand temps qu’en vue du bien commun, les hommes de bonne volonté ne laissent pas les méchants décider à leur place.

La France a besoin de chacun de nous, soyons à notre poste!

Georges Tourlaque, Cahiers Saint-Romain

Note de la rédaction : Notre mouvement Deus Vult s’appuie sur la doctrine philosophique thomiste et le texte ci-dessus permet de tirer plusieurs leçons qu’il faut bien s’ancrer dans le crâne :

  • Toute autorité vient de Dieu, même les pires, même si elles sont illégitimes.
  • Une autorité est illégitime si elle entre en contraction avec la doctrine et la morale catholique.
  • En cas d’autorité illégitime, les catholiques ont le devoir de rejeter les lois scélérates (avortement, mariage sodomite, etc…) et de l’exprimer dans la société civile.
  • Les catholiques doivent se former, se regrouper, agir ensemble, s’engager en politique, bâtir et rebâtir. Deus Vult !

 

 

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