Nouvelle prière du Pater Noster en 2017 ?

La modification du « Notre Père » devrait finalement entrer en vigueur le 3 décembre prochain, selon une décision des évêques de France réunis cette semaine à Lourdes.

Historique

  • Un synode de Tours en 1396 donnait : « Et ne nous laisse point choir en tentation ».
  • Gerson en 1507 et Benoist, curé de Saint-Eustache en 1574, ont à peu près une même formule :  » Et ne permettez pas que nous soyons vaincus en tentation ».
  • Gondy, évêque de Paris, était plus bref en 1572: « ne nous laisse tomber… ».
  • Le mot « succomber » apparaît au XVIIe siècle où Le Maître de Sacy écrit cependant: « Et ne nous abandonnez point à la tentation ». La formule « Et ne nous laissez pas succomber » s’imposera le plus souvent dès la fin du XVIIe siècle.
  • En 1966, en préparation à la liturgie en langue vernaculaire, est officialisé le « Notre Père œcuménique » élaboré dès 1964 par les évêques catholiques de France, les quatre Églises luthériennes et réformées en France et les évêques de trois juridictions orthodoxes qui s’étaient mis d’accord sur l’adoption d’un texte commun du Notre Père en français. (Concile Vatican II)

« Lettre ouverte aux catholiques perplexes »

Par Mgr Marcel Lefebvre 1985

 Le chrétien, qui a le sens et le respect de Dieu, est heurté par la façon dont on le fait prier aujourd’hui. On a qualifié de « rabâchage » les formules apprises par cœur, on ne les enseigne plus aux enfants, elles ne figurent plus dans les catéchismes, à l’exception du Notre-Père, dans une nouvelle version d’inspiration protestante qui oblige au tutoiement.

Tutoyer Dieu d’une façon systématique n’est pas la marque d’une grande révérence et ne relève pas du génie de notre langue, qui nous offre un registre différent selon que nous nous adressons à un supérieur, à un parent, à un camarade.

Dans ce même Notre-Père postconciliaire, on demande à Dieu de ne pas nous « soumettre à la tentation », expression pour le moins équivoque, alors que notre traduction française traditionnelle est une amélioration par rapport à la formule latine calquée assez maladroitement sur l’hébreu. Quel progrès y a-t-il là ? Le tutoiement a envahi l’ensemble de la liturgie vernaculaire – le Nouveau Missel des dimanches l’emploie d’une façon exclusive et obligatoire, sans que l’on voie les raisons d’un tel changement si contraire aux mœurs et à la culture françaises.

Mgr Marcel Lefebvre

Oui, notre sens chrétien est heurté par ces changements, si toutefois on n’en a jamais eu connaissance ! Combien de catholiques aujourd’hui prie en français le Notre-Père selon la nouvelle traduction, en tutoyant Dieu, sans savoir que c’est là une nouveauté ! 

De quoi en perdre son latin !

Dès mai et juin 1966, M. Alexis Curvers écrivait dans les numéros 103 et 104 de la revue Itinéraires une longue critique de la nouvelle traduction du Notre-Père. Voici en substance son argumentation sur le point le plus problématique : la sixième demande du Notre-Père. Dans la traduction traditionnelle, on disait « ne nous laissez pas succomber à la tentation » tandis que la nouvelle traduction emploie les termes « ne nous soumets pas à la tentation ».

Comment traduire, « inducere in tentationem » ? « Induire en tentation » a satisfait longtemps tout le monde. Il paraît que le mot induire est devenu « rare et difficile ».

À vrai dire, il cesserait de l’être si on le réemployait dans le Pater, après l’avoir un peu expliqué. Il y a des mots beaucoup plus difficiles dans le langage courant de la Pastorale nouvelle, et que ceux qui les ont inventés n’ont jamais définis.

Induire avait au moins l’avantage de la littéralité, et d’une assez grande généralité pour légitimer quelques nuances d’interprétation. Le verbe grec eispherô, que saint Jérôme a traduit par inducere, a exactement le même caractère et le même sens : porter dans, conduire dans, introduire, engager dans.

En tout cas, dans les dictionnaires, il ne se rencontre pas une seule fois avec le sens de soumettre. Que Dieu, pour nous éprouver, permette que le diable nous tente, c’est la doctrine très sûre de la Genèse et du Livre de Job.

Dieu, par une interdiction, met à l’épreuve l’obéissance d’Adam et d’Ève ; mais seul le serpent tentateur les instigue à manger du fruit défendu. Dieu n’est en aucun cas l’auteur ou l’artisan de la tentation proprement dite. Il ne peut par conséquent nous y soumettre lui-même.

Dieu ne nous soumet qu’à l’épreuve, le diable seul nous soumet à la tentation. Si la tentation se confondait avec l’épreuve, nous n’aurions pas à demander à Dieu de nous l’épargner.

Car nous devons accepter l’épreuve, quelquefois même la souhaiter mais nous devons résister à la tentation, de préférence en la fuyant. Le véritable inconvénient d’induire est en effet de ne pas couper court à un doute possible sur l’identité du responsable de la tentation.

Dieu, sans en l’être l’auteur, serait-il capable de nous y porter, de nous y conduire, de nous y engager, de nous y pousser ? Évidemment non. Notre nature déchue nous y incline assez.

« Veillez et priez, afin que vous n’entriez pas en tentation » (Matthieu, XXVI, 42 ; Marc, XIV, 38 ; Luc, XXII, 46)

Notre-Seigneur dit cela à ses disciples dans le jardin de Gethsémani, à l’heure où justement leur fidélité va être mise à l’épreuve par la mort ignominieuse de leur Maître ; le diable en profitera pour les tenter,  la différence entre épreuve et tentation est ici très nette  et, faute d’avoir veillé et prié, puisqu’ils dorment, ils céderont dans un instant à toutes les tentations de la peur, du découragement, de la lâcheté, du reniement, de la trahison, du manque d’amour, de persévérance et de foi.

Le Sauveur ne leur conseille certainement pas de prier pour échapper à l’épreuve que lui-même vient d’accepter par le Fiat et la sueur de sang, mais bien pour que Dieu les fortifie, dans l’épreuve désormais inéluctable, contre ces tentations du Malin.

Et par quelle prière le Seigneur leur recommande-t’il, en vain, de se prémunir ?

Certainement par le Pater, dont il reprend les termes mêmes : ut non intretis in tentationem, afin que vous n’entriez pas en tentation. La tentation est une chose dans laquelle on entre, dans laquelle il faut prier pour ne pas entrer, le premier pas qu’on y hasarde étant le commencement de la défaite.

Par conséquent, dans le Pater, nous demandons à Dieu de ne pas nous laisser entrer en tentation. Tel est ici le vrai sens de eispherô, inducere, induire : non pas nous faire entrer, mais nous laisser entrer.

Ainsi tout s’éclaire. Les rôles sont bien distribués entre les forces antagonistes.

Le diable est du côté de la tentation, dont Dieu a le pouvoir de nous détourner si nous veillons et prions. Nous sommes le soldat peu sûr de lui qui dissuade son chef de l’envoyer sur un terrain miné, vers un piège tendu par l’ennemi.


Depuis le péché d’Adam, la tentation, pour notre nature corrompue, est loin d’être totalement évitable. Jésus sait bien qu’elle rôde dans l’ombre autour de ses disciples, qu’elle fermente dans leur cœur même et dans leur chair.

Il les en prévient aussitôt : « l’esprit est prompt mais la chair est faible. »

Il n’enseigne pas à demander l’impossible, qui serait de nous exempter entièrement de la tentation : mais à demander à Dieu qu’il contraigne le diable à ne pas outrepasser la mesure de nos forces (comme il lui accorde de tourmenter Job mais non d’attenter à sa vie) et qu’il nous secoure par sa grâce, alors même que nous serons en butte et en proie à la tentation.

Le chef n’a pu dispenser le soldat de s’aventurer dans le danger ; mais le soldat, une fois en présence de l’ennemi et de ses pièges, lance en pleine bataille un appel à son chef, le suppliant de lui dépêcher les armes et le renfort nécessaires.

Cet appel est celui des traducteurs qui ont introduit la formule – « Ne nous laissez pas succomber à la tentation».

Elle est relative au moment le plus décisif du combat déjà engagé. Avant le combat, nous demandions à Dieu de ne pas nous y exposer. Mais le combat commence, que ce soit par imprudence de notre part ou par nécessité : alors nos yeux s’ouvrent, le péril nous presse, et nous demandons à Dieu de nous venir en aide avant qu’il soit trop tard.

La nouvelle formule enfin ne fut pas moins admise dans la tradition protestante que dans la catholique, et continua dans l’une et dans l’autre à alterner avec induire.

Un changement validé par les Protestants 

L’Église protestante unie de France (EPUdF), qui réunit luthériens et réformés, a elle aussi validé ce changement, lors de son synode national du printemps 2016… Il se peut toutefois que les fidèles peinent à modifier des habitudes bien ancrées : la version actuelle est utilisée depuis un demi-siècle, à la suite d’un compromis œcuménique passé en 1966, dans la foulée du concile Vatican II.

Conclusion

On peut toujours y regretter la persistance du tutoiement, le vouvoiement habituel étant tellement plus respectueux pour Dieu, mais elle marque néanmoins un retour à une formulation plus précise, et de ce fait bien préférable.

En effet, à la différence du « Ne nous soumets pas » qui laisse planer un doute sur l’origine de la tentation, le « Ne nous laisse pas » montre clairement que si la tentation nous arrive, ce n’est pas par la volonté de Dieu, mais simplement avec sa permission.

Note de la rédaction:

1/ Préférer la prière en latin « Pater Noster »

2/Retrouvez le gout de la prière :

Les principales prières du catholique !

Source:

http://maranatha.mmic.net/Traduction-post-conciliaire.html

http://laportelatine.org/district/lieux/988/flamboyant/Flamboyant201402_14.pdf

http://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/le-notre-p%C3%A8re-nouveau-moins-tentateur-en-vigueur-en-d%C3%A9cembre/ar-BBz7LoT?li=BBoJIji&ocid=mailsignout