Padre Pio, l’ami des fascistes ?

Notre cercle de lecture et d’études s’intéresse de très près à ce moine capucin né le 25 mai 1887, qui a mené une vie exemplaire et porté les stigmates du Christ pendant 50 ans, officiellement canonisé en 2002 : Padre Pio.

Or il s’avère que ce saint homme – qui avait, entre autres, le don de lire dans les âmes – avait quelques sympathies pour le fascisme italien (et réciproquement). Voici une toute petite partie de son histoire qui doit alimenter notre réflexion :

« San Giovanni Rotondo, comme toutes les villes de l’Italie d’après-guerre, était fortement et passionnément divisée par la politique. Deux partis se partageaient le petit bourg : le parti socialiste italien et le parti populaire italien (PPI), d’inspiration démocrate-chrétienne. Depuis 1919, il fallait aussi compter sur les Faisceaux italiens de combat, fondés en mars à Milan par Benito Mussolini et qui regroupaient nationalistes, anciens combattants et certains syndicalistes. Les Faisceaux n’étaient point encore un parti politique constitué mais plutôt de simples groupes d’action, bien organisés et efficaces. Comme tous les bourgs de cette région pauvre des Pouilles, San Giovanni Rotondo avait depuis de nombreuses années une municipalité socialiste. Le dernier maire avait été le Dr Merla. Le chef de la section locale de PPI était un ancien combattant, converti par Padre Pio, Francesco Morcaldi. Enfin un Fascio avait été constitué depuis peu qui, politiquement, allait apporter son soutien aux popolari.

Le choix politique de Padre Pio et du clergé local en son ensemble ne pouvait se porter sur les candidats socialistes, à l’époque farouchement marxistes et anticléricaux. Par sympathie pour Morcaldi, le 15 septembre de cette année 1920, Padre Pui était descendu au bourg pour bénir la bannière tricolore des anciens combattants et faire prier pour l’âme de ceux qui étaient morts sur le champ de bataille. Il l’avait fait avec l’accord de son supérieur provincial et du gardien du couvent. C’était aussi un geste de soutien aux popolari et au Fascio dans la campagne électorale qui battait alors son plein ; des élections municipales devaient se dérouler moins d’un mois plus tard.

Les popolari et les fascistes espéraient bien remporter cette élection. La précédente municipalité avait été dissoute, en mai 1919, pour irrégularités de gestion. Un administrateur provisoire avait été nommé par la préfecture de Foggia dans l’attente d’élections générales. Contre tout espoir, ce fut pourtant à nouveau un socialiste, Luigi Tamburrano, qui fut élu. La courte victoire (deux cents voix) fut aussitôt contestée. On accusa les socialistes d’avoir fait voter « les morts et les migrants ». La nouvelle municipalité entendait  bien, elle, fêter solennellement sa victoire et faire de son installation officielle à la mairie une démonstration de force. Il faut se rappeler que l’Italie des années 1919-1920 était secouée par de vastes mouvements de grèves dans les usines et d’occupation des terres des grands propriétaires dans les campagnes. Mouvements soutenus par les socialistes, combattus par les fascistes qui menaient des « expéditions punitives ».

Le jour de leur installation à l’hôtel de ville, les socialistes avaient appelé à une grande manifestation de soutien. De San Marco in Lamis, bourg voisin, ils avaient fait venir six cents partisans, fanfare et drapeau rouge en tête. Bâtons, couteaux et pierres étaient aussi du voyage ! Les popolari et les fascistes avaient appelé également à manifester : ils voulaient empêcher que le drapeau rouge ne soit arboré sur le balcon de la mairie à la place du drapeau italien. Dans l’attente de ce 14 octobre, toute la bourgade était dans la fièvre. L’archiprêtre et les chanoines de San Giovanni Rotondo, craignant des incidents, avaient préféré se réfugier à Foggia. Les autorités de police avaient fait venir quarante carabiniers et une compagnie de quatre-vingt-deux hommes en renfort pour maintenir l’ordre.

Quand la municipalité, après avoir fait son entrée officielle à l’hôtel de ville, sous les sifflets et cris des uns et les applaudissements des autres, arbora le drapeau rouge au balcon de l’édifice, ce fut une énorme bousculade. Manifestants des deux bords, massés de chaque côté de la place, se ruèrent les uns contre les autres et les force de l’ordre présentes furent en un instant débordées. Un carabinier fut désarmé et tué avec son propre fusil. Des armes blanches et des revolvers furent sortis de dessous les vestes. Les troupes venues en renfort mirent plusieurs heures à rétablir l’ordre. A la fin de la journée, on comptait quatorze morts et plus de quatre-vingts blessés. La manifestation politique avait tourné à la tragédie. » 1]

« Un religieux vint d’Ancona chercher Padre Pio. Comment le faire partir du couvent sans susciter une réaction violente de la population déjà sur le qui-vive ? Des barricades avaient été dressées sur l’unique chemin qui menait alors au couvent. Tous les passages étaient contrôlés par des volontaires qui se relayaient jour et nuit. La milice fasciste locale prêta volontiers son concours à ces opérations de surveillance. Le religieux suggéra de faire franchir les portes du couvent par une anodine charrette transportant deux tonneaux : l’un contiendrait du vin, l’autre Padre Pio ! A Foggia le pauvre moine stigmatisé prendrait un moyen de locomotion  plus confortable. Le supérieur du couvent refusa ce stratagème indigne et grotesque.

A Rome on s’impatientait. Cette pression de la population devenait insupportable. Le ministre général de l’ordre intervint personnellement auprès du général De Bono, directeur de la sécurité publique au ministère de l’Intérieur, pour qu’une solution soit trouvée. Un agent des services de sécurité fut envoyé sur les lieux pour étudier la situation. Ce fonctionnaire du ministère fut vite repéré et faillit être lynché par la foule. De retour à Rome, il fit valoir au général De Bono que le départ du Padre Pio ne pourrait se faire que par un  déploiement de forces et non sans qu’il y ait effusion de sang. On en informa le ministre général de l’ordre. Le 2 septembre, celui-ci se résignait en conséquence à suspendre donec aliter l’ordre de transfert, c’est-à-dire, « jusqu’à ce qu’il en soit autrement ». Expression vague et imprécise qui éloignait la menace mais ne l’effaçait pas. » 2]

« Au début de l’année 1930, il [Emanuele Brunatto – un des principaux fils spirituel du Padre Pio] laissa circuler quelques exemplaires de sa Lettre à l’Église à Rome alors que l’essentiel des volumes était encore en lieu sûr dans le coffre d’un joaillier de Munich, fidèle de Padre Pio. En avril, il remit même quelques-uns des documents relatifs à l’enquête menée au Vatican à un de ses amis, Arturo Bocchini. Bocchini était un proche collaborateur de Mussolini et le directeur général de la sécurité publique. « 3]

Sources :

1] Pages 146-147 / « Padre Pio le stigmatisé » / Yves CHIRON / Éditions PERRIN 2002
2] Page 164 / « Padre Pio le stigmatisé » / Yves CHIRON / Éditions PERRIN 2002
3] Pages 186-187 / « Padre Pio le stigmatisé » / Yves CHIRON / Éditions PERRIN 2002

PS : Cet article sera mis à jour en fonction des prochaines « pépites » découvertes sur la vie du Padre Pio allant à l’encontre de la (((pensée dominante))).

Saint Padre Pio, priez pour nous †

Padre Pio

Pour aller plus loin :

-> Le Duce Mussolini, père du fascisme, au Paradis ?
-> Le Duce Mussolini à Padre Pio en 1924 : « Je témoigne de votre amour pour la Vérité. Elle m’a ramené à Dieu ! »