Remise en question néo-païenne et «nationaliste blanc» – Joseph Merel

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Un relai d’un article initialement extérieur au site qui reprend une analyse de Joseph Merel dans son tout dernier livre concernant le rapport «méta physique» entre le paganisme et le Christianisme, ainsi qu’une remise en question des « milieux de droite » (au sens large) dans leurs fondements doctrinaux :

« Ce qui est premier en intention est ultime en exécution ; le christianisme ne procède nullement du judaïsme, c’est le judaïsme qui procède proleptiquement du christianisme.

Christ-Roi des Nations

De plus, l’erreur théologique (depuis Vatican II) des autorités officielles de l’Église catholique, quelque périlleuse qu’elle soit, est une erreur accidentelle, et non l’expression des contradictions intrinsèques supposées du message chrétien. L’esprit démocrate-chrétien, rendu possible par Léon XIII, développé par Benoît XV, par Pie XI et par Pie XII, est une perversion surnaturaliste de la saine philosophie convoquée par l’explication du dogme catholique encore respecté par ces papes, mais bientôt attaqué à son tour par les successeurs modernistes de ces derniers ; c’est cela même que ne veulent pas comprendre, au plus grand détriment de la Tradition, les supposés défenseurs contemporains du catholicisme intègre. Et c’est sur cette méprise que jouent les néo-païens pour rejeter le christianisme en bloc.

Enfin, la charge de légitime aversion que suscite en autrui l’entreprise délétère du judaïsme moderne n’est pas imputable à son origine orientale […] ; une telle charge trouve sa source réelle dans le fait que le judaïsme n’est devenu ennemi du genre humain qu’en se refusant à sa sublimation chrétienne. Ce n’est pas le paganisme qui est l’objet de l’aversion des juifs, c’est le christianisme. Et le judaïsme n’est anti-païen que parce qu’il est conscient – mieux que les néo-païens [appelés à un endroit du livre « marcionites conscients ou non »] – de la vocation chrétienne du paganisme véritable.

L’Europe est chrétienne par essence. Les détracteurs du christianisme sont des détracteurs de l’Europe, ils sont les alliés objectifs du judaïsme. Un temps viendra [..] où la ligne de démarcation entre fossoyeurs et propugnateurs de l’héritage européen se révélera dans sa claire nudité : seront du côté de l’Europe les vrais catholiques ; rejoindront les assassins de l’Europe les antichrétiens de tout poil, même ceux d’entre ces derniers qui prétendent sauver l’Europe en exténuant ce qui, en elle, reste du catholicisme.

Les néo-païens ne retiennent de l’Europe que ce qui les arrange, reconstruisant les racines du génie européen au gré de leurs passions subjectivistes tout inspirées par les idées modernes issues de la Renaissance : panthéisme, gnosticisme, nominalisme, scientisme, nihilisme subjectiviste se voulant héroïque, romantisme, etc. Les choses ne sont certes pas simples, les apparences sont trompeuses ; et il est plus facile de réduire le christianisme à ses caricatures […], afin de se targuer d’un retour aux grandeurs antiques et païennes supposées incompatibles avec le christianisme – par là elles-mêmes dénaturées et réduites au cache-sexe d’un abandon à la modernité qu’on prétend combattre mais dont on se satisfait complaisamment – que de faire l’effort de penser de manière rigoureuse, et de penser avec sa raison au lieu de divaguer avec ses tripes, ses images, ses rancœurs, ses références littéraires adolescentes (si séduisantes quand vient l’âge de la sénilité) et ses anathèmes faciles.

S’il est permis d’illustrer ce qui précède par un détail minuscule, il n’est pas inopportun de faire mémoire du ralliement, explicite ou implicite, de certains penseurs et responsables de la droite contemporaine (nous parlons de la droite de la droite, ainsi de la vraie droite) à la cause de Marine Le Pen. Alain de Benoist, Eric Delcroix – autant d’esprits fanatiquement antichrétiens – et bien d’autres dont il n’est pas question de contester tantôt le talent, tantôt le courage, tantôt l’érudition, tantôt la lucidité sur tel ou tel point d’histoire ou de doctrine, communient tous, en dernier ressort, et par-delà les différences qui les opposent, dans le tropisme cérébral suivant : leur Europe, leur paganisme, c’est le « club Med » pour Blancs qu’ils appellent de leurs vœux ; leur « héroïsme » est celui des surhommes de bandes dessinées, leur « culture » celle des esthètes décadents. Leur ralliement (eux les supposés champions de la lutte contre l’Amérique et ses affidés), explicite ou tacite, à un mouvement politique atlantiste, libéral, antirévisionniste, démocrate et sioniste, ne s’explique pas seulement par leur haine – qui les unit entre eux – de la morale et de la vision du monde catholiques. Il s’explique aussi par leur dilection inavouée et inavouable pour ce que leur paganisme d’intention leur interdit d’aimer, mais que leur paganisme réel reconstruit et artificieux – à savoir un néo-paganisme n’ayant de païen que le nom – leur fait logiquement rencontrer et plébisciter : la déification de l’homme, matrice de la modernité et de ses vices (subjectivisme, avortement, euthanasie, individualisme, etc.). Il n’y a plus de différence, quant au fond, entre le néo-paganisme et le mondialisme, qu’entre les responsables de la droite libérale et ceux du Parti socialiste.

Le paganisme réel était objectivement l’attente, quoique non subjectivement consciente, du christianisme qui l’assume et le transfigure, par là le relève à lui-même en l’achevant (aux deux sens du terme) ; le néo-paganisme est le refus de la vérité du paganisme réel […] ainsi le refus du paganisme, mais en se parant des attributs extérieurs, les plus accidentels et les plus datés du paganisme. »

Extrait des pages 122 à 124 de Présentation de l’Institut Charlemagne sous le patronage de l’archange Saint Michel, Joseph Mérel, DMM, 2016.

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Milites Virginis Mariae.

Epistole explicite aux néo-païens